Qu’est-ce que le « trapped cash » et quel rôle joue-t-il dans les transactions de M&A ?

Transactions

Par: Steven Pazen, Stijn Dom

Le trapped cash (littéralement « trésorerie piégée ») joue un rôle majeur dans les transactions de M&A, car il a une incidence directe sur la détermination de la valeur d’entreprise, le prix d’acquisition final et les liquidités auxquelles l’acquéreur a effectivement accès lors de la clôture.
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Cette notion désigne les situations dans lesquelles la trésorerie appartient économiquement à l’entreprise, mais où des restrictions juridiques, fiscales ou opérationnelles en limitent la libre utilisation ou distribution. Cet écart entre la disponibilité économique et la disponibilité effective est au cœur de l’analyse du trapped cash dans un contexte transactionnel.

Le trapped cash désigne la trésorerie qui revient économiquement à l’acquéreur, mais qui ne peut pas être distribuée immédiatement en raison de diverses restrictions juridiques, fiscales ou opérationnelles. Les fonds figurent au bilan, mais leur accès reste limité dans la pratique. Il en résulte un écart entre la trésorerie comptabilisée et les fonds réellement disponibles.

Comment le trapped cash se forme-t-il ?

Le trapped cash résulte généralement d’une combinaison de facteurs fiscaux, juridiques et opérationnels. Les réserves de bénéfices peuvent ainsi être soumises à une fiscalité élevée sur les dividendes, rendant leur distribution peu avantageuse sur le plan financier. Dans certains pays, le traitement fiscal des flux financiers internationaux est en outre si défavorable que le rapatriement de trésorerie vers une autre juridiction entraîne un coût disproportionné, au point de rendre cette opération pratiquement impossible.

Certaines juridictions imposent également d’importantes restrictions réglementaires, notamment des restrictions sur les mouvements de capitaux et des limites applicables aux flux de devises vers l’étranger. Par conséquent, bien que les fonds se trouvent au sein de l’entité locale, ils ne peuvent être transférés à une société mère étrangère qu’avec une autorisation préalable ou dans le respect de limites strictes.

Des impératifs opérationnels peuvent également être à l’origine de trapped cash. Les entreprises doivent conserver un niveau minimal de fonds de roulement afin d’assurer la continuité de leurs activités. En outre, des dispositions contractuelles, notamment des mécanismes d’escrow, des garanties et des covenants financiers, imposent souvent l’immobilisation temporaire de certains fonds. Dans de telles situations, la trésorerie existe, mais ne peut être librement utilisée.

Enfin, la structure de l’actionnariat peut elle aussi entraîner du trapped cash. Dans les joint-ventures ou les entités comptant des actionnaires minoritaires, la distribution de la trésorerie ne relève pas uniquement de la décision de l’actionnaire majoritaire ; les droits et les intérêts des autres actionnaires limitent alors la marge de manœuvre.

 

L’importance du trapped cash dans les transactions de M&A

Pour les acquéreurs, le trapped cash a une incidence directe sur la position de liquidité effective au moment de la clôture. Une entreprise peut paraître financièrement solide, mais si une part substantielle de la trésorerie disponible ne peut être libérée, cela a des conséquences immédiates, notamment sur :

  • le calcul de la dette nette, puisque toute la trésorerie n’est pas prise en compte comme « available cash » ;
  • l’equity value, en raison de l’incidence négative sur la dette nette ;
  • les liquidités disponibles au jour 1, qui sont essentielles à la continuité opérationnelle et aux besoins de financement ;
  • les discussions lors de la clôture et en phase post-clôture, en particulier lorsque subsistent des incertitudes quant au calendrier ou à la faisabilité du rapatriement de la trésorerie.

Pour les vendeurs, le trapped cash peut, à l’inverse, entraîner une baisse du prix de vente ou donner lieu à des accords complémentaires, tels que des earnouts ou des paiements différés.

Comment le trapped cash est-il traité dans les transactions ?

Dans le cadre du processus de due diligence, le trapped cash fait l’objet d’un examen approfondi par les équipes financières, juridiques et fiscales. Ce processus consiste à modéliser le montant de trésorerie pouvant raisonnablement être libéré, les différentes voies envisageables et les coûts associés.

Dans de nombreuses transactions, le trapped cash est traité au moyen d’ajustements apportés au mécanisme de détermination du prix d’acquisition, par exemple, sous la forme d’une décote ou d’exclusions contractuelles spécifiques négociées. Les parties optent parfois pour un rapatriement de la trésorerie post-clôture, mais cette solution nécessite une planification rigoureuse et des accords clairs entre l’acquéreur et le vendeur. Enfin, les parties peuvent réaliser des analyses de scénarios afin d’évaluer les différentes voies possibles pour libérer la trésorerie après la clôture. 

L’objectif ultime est d’éviter les mauvaises surprises : s’il est mal évalué, le trapped cash peut entraîner d’importants ajustements du prix ou des déceptions après la clôture.

L'essentiel

  • Trapped cash = trésorerie figurant au bilan, mais qui ne peut être librement distribuée en raison de restrictions fiscales, juridiques ou opérationnelles.

     

  • Il crée un écart entre la trésorerie comptabilisée et celle dont l’acquéreur peut effectivement disposer. 

     

  • Il peut notamment résulter de la fiscalité sur les dividendes, des coûts de rapatriement, des restrictions sur les mouvements de capitaux, des besoins en fonds de roulement, de blocages contractuels et d’intérêts minoritaires. 

     

  • Le trapped cash a une incidence directe sur la dette nette, l’equity value et les liquidités disponibles au jour 1, et peut donner lieu à des discussions lors de la clôture ou en phase post‑clôture. 

     

  • Il est traité au moyen d’une analyse de due diligence, d’ajustements de valorisation, d’exclusions contractuelles et d’une planification du rapatriement post‑clôture.