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L’inflation : amie ou ennemie de la valeur d’entreprise ?

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Ces dernières années, l’inflation est redevenue un facteur déterminant pour les entrepreneurs, les investisseurs et les spécialistes en valorisation. Son impact sur la valeur d’entreprise n’est toutefois pas univoque. L’inflation peut réduire la valeur, mais elle peut tout aussi bien l’augmenter. L’incidence finale dépend du modèle économique, du secteur et de la nature des actifs.
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Dans cet article, nous examinerons dans quelles circonstances l’inflation représente un risque pour la valeur d’entreprise et dans quelles situations elle peut au contraire constituer une source de renforcement et d’opportunités.

Quand l’inflation anéantit-elle la valeur ?

Une hausse des coûts plus rapide que la croissance du chiffre d’affaires

De nombreuses entreprises subissent la pression de la hausse des coûts des intrants – qu’il s’agisse des matières premières, des salaires ou de l’énergie. Si ces coûts augmentent plus rapidement que les prix que l’on peut facturer aux clients, il en résulte une érosion des marges. Ce sont surtout les entreprises n’ayant pas un réel pouvoir de fixation des prix qui sont confrontées à cette situation.

Une hausse des taux d’intérêt et des taux d’escompte

Lorsque l’inflation est élevée, les taux d’intérêt ont tendance à augmenter. Dans les modèles de valorisation, cela se traduit par un taux d’escompte plus élevé, qui fait baisser la valeur d’entreprise. Les entreprises à fort coefficient de capital y sont particulièrement sensibles.

Une incertitude croissante et des primes de risque

L’inflation s’accompagne souvent de volatilité. Cette incertitude accrue se traduit par une prime de risque plus élevée requise par les investisseurs, ce qui pèse également sur la valorisation.

Quand l’inflation crée-t-elle de la valeur ?

Toutes les entreprises ne souffrent pas de l’inflation, qui peut même, dans certaines situations, avoir un effet favorable sur leur valeur.

Les entreprises ayant un fort pouvoir de fixation des prix

Les entreprises qui, sans beaucoup de résistance, peuvent répercuter des prix plus élevés sur leurs clients – par exemple en raison de la force de leur marque, de barrières à l’entrée ou de relations solides avec leur clientèle – parviennent à maintenir leurs marges, voire à les améliorer. Pour ces acteurs, l’inflation est souvent davantage une opportunité qu’une menace.

Une charge réelle d’endettement plus faible

Pour les entreprises ayant des dettes à long terme et à taux fixe, l’inflation peut être un avantage. Alors que les dettes restent inchangées en valeur nominale, les flux de trésorerie augmentent parallèlement à l’évolution générale des prix. L’endettement devient donc « plus bon marché » en termes réels.

Des actifs bénéficiant d’un avantage lié à la rareté ou à l’indexation

Certains biens prennent automatiquement de la valeur en période d’inflation. Cela vaut tout particulièrement pour :

Les actifs rares

Certains actifs sont disponibles en quantité limitée ou sont complexes et coûteux à reproduire. Pensez à :

  • L’immobilier : les coûts de la construction neuve augmentent au rythme de l’inflation, ce qui fait que les biens immobiliers existants prennent de la valeur.

  • Les infrastructures énergétiques : telles que les réseaux, les parcs éoliens ou les lignes de transport. Comme la construction de nouvelles infrastructures coûte plus cher en période d’inflation, la valeur des installations existantes augmente.

Les flux de trésorerie indexés

D’autres actifs ou modèles économiques génèrent des flux de revenus indexés contractuellement sur l’inflation. Voici quelques exemples :

  • les baux immobiliers indexés chaque année ;
  • les entreprises de services publics ou les opérateurs de télécommunications ayant conclu des contrats à long terme ;
  • les modèles de concession et les projets d’infrastructure comportant des clauses relatives à l’inflation.

Dans ces entreprises, les revenus augmentent en principe automatiquement au rythme de l’inflation, ce qui permet à leur valorisation de mieux résister.

Conclusion : l’inflation en tant que facteur de stress sélectif

L’inflation n’est pas une ennemie universelle, mais pas non plus une alliée infaillible. Il s’agit surtout d’un test de résistance pour le modèle économique. Les entreprises qui ont une position forte sur le marché, des économies d’échelle, des flux de trésorerie prévisibles ou des actifs rares sortent souvent renforcées d’un contexte inflationniste.

Les entreprises qui dépendent des coûts volatils des intrants, dont la marge de manœuvre est limitée en matière de fixation des prix ou qui s’appuient fortement sur des financements variables, connaissent exactement le contraire.

Pour les investisseurs et les dirigeants d’entreprise, il est essentiel de comprendre dans quelle mesure leur entreprise est sensible à l’inflation, et quelles mesures stratégiques sont nécessaires pour préserver la valeur ou saisir les opportunités.

En résumé

  • L’inflation peut aussi bien réduire qu’augmenter la valeur, selon le modèle économique, le secteur et la structure des actifs
  • La valeur est anéantie lorsque les coûts augmentent plus vite que le chiffre d’affaires, lorsque la hausse des taux d’intérêt entraîne un taux d’escompte plus élevé, ou lorsque l’incertitude fait grimper les primes de risque.
  • De la valeur est créée en cas d’entreprises ayant un fort pouvoir de fixation des prix, qui peuvent répercuter les hausses de prix sans perte de marges.
  • L’inflation a un effet favorable sur les entreprises ayant des dettes à long terme à taux fixe ou des actifs qui tirent profit de la rareté ou de flux de trésorerie indexés.
  • L’inflation n’est ni une amie ni une ennemie, mais un test de résistance pour le modèle économique.